Pendant le confinement, Marseille n’a pas fermé ses bars. Ils ont continué à tourner clandestinement, rideaux tirés. Chaque matin, Esther Teillard s’est rendue au PMU « Le Score », à Vauban, petit quartier en autarcie au pied de Notre-Dame de la Garde. Elle regardait les hommes jouer au tiercé, s’exciter, prendre de l’espace. Un seul d’entre eux ne parlait pas, Michel, l’ancien postier du quartier. Elégant, discret, alcoolique, il venait boire le matin et partait à midi, chancelant. Esther a commencé à le dessiner sur des serviettes de bar. Un jour, elle lui a offert un de ses portraits. Il lui a répondu par un poème, écrit au bic sur une serviette. Une correspondance silencieuse entre eux a commencé. Elle n’a jamais entendu le son de sa voix.